Guide en colère
Rédigé le 10-04-2008 à 11:46 par ecc admin
Arnaud Fileppi, guide de pêche, réagit violemment au traitement qui a été fait au JT de TF1 de la pollution aux PCB sur les lacs alpins. Voici la lettre qu'il a adressée à la rédaction de TF1.
Madame, Monsieur
Je suis Arnaud FILEPPI, Moniteur-Guide de pêche en région Rhône-Alpes (BPJEPS, diplôme d’Etat agréé Jeunesse et Sports), compétiteur et vecteur de développement dans la pêche moderne affilié à un team (Rod&Pod), et je suis aussi Trésorier de la Fédération Française des Moniteurs Guides de Pêche.
Je réagis suite au reportage sur la pollution aux PCB sur les lacs alpins lors du journal télévisé de 13h jeudi 3 avril 2008. Je trouve que l’information que vous avez donnée n’est pas exacte d’un point de vue technique, et erronée et dangereuse pour le loisir pêche aujourd’hui et le tourisme qui en résulte.
D’un point de vue technique :
Les PCB se retrouvent en premier lieu dans les écrevisses et le benthos de fond, base de la chaine alimentaire des espèces piscicoles. Toutes les espèces de poissons sont donc susceptibles d’être contaminées, à des degrés divers.
En effet, les PCB se fixent dans les parties grasses des poissons, et les espèces telles que brochets, sandres et perches , dont les chair ne sont pas grasses, sont peu affectées.
D’autres espèces omnivores (carpes, tanches, .. poissons blancs en général) sont elles plus affectées par cette pollution ; pour autant leur pêche n’a pas pour but leur consommation étant donné leur manque d’intérêt culinaire.
Les truites lacustres, les ombles chevalier et les corégones ont un tau de contamination plus élevé (chair grasse), ce qui les rend impropres à la consommation dans le cadre de la nouvelle norme européenne. De plus ces espèces sont pêchées principalement pour être consommées. Les Suisses, soumis aux mêmes conditions de milieu « naturel », ne se sont pas alignés sur cette nouvelle norme, ils ne sont pas Européens, et continuent de consommer le prélèvement de leur pêche.
A cette occasion, je vous rappelle que le taux de PCB présent dans les lacs alpins n’a pas évolué depuis plusieurs années ; c’est la nouvelle norme européenne qui a réduit « le taux acceptable ».
Enfin, il faut aussi savoir que les PCB se déposent sur le fond tout comme les matières organiques en général. La sédimentation s’opère en permanence. Les eaux n’étant pas soumises à des courants forts, il n’y a pas de brassage des « boues » de fond, contrairement aux milieux rivières/fleuves tels que le Rhône, notamment à l’occasion des crues.
La situation ne peut donc se présenter généralisée.
D’un point de vue pratique du loisir pêche :
De très nombreux pêcheurs, et de plus en plus nombreux, pratiquent leur loisir sans finalité alimentaire. La pêche à changer, nous sommes au 21em siècle, nous ne pêchons plus pour nous nourrir comme aux temps de guerre passés !!!
En effet, la grande majorité des pêcheurs de poissons blancs rendent leurs prises vivantes à leur milieu (pêche au coup, pêche moderne de la carpe). Ceci est un phénomène qui n’est pas nouveau et qui concerne, je le répète, de très nombreux pratiquants, voire la quasi totalité.
Concernant la pêche des poissons carnassiers (notamment brochets, sandres et perches) une nouvelle tendance s’est développée ces 5 dernières années. Elle réside dans le fait d’une conception loisir sportif de la pratique de la pêche : à l’aide de techniques variées et complètes, le but du pêcheur aux leurres est de trouver la bonne approche pour faire mordre le poisson, prendre du plaisir pendant la phase de « combat », faire une photo souvenir de son complice de jeu et le rendre en parfait état à son élément.
Il me semble, aux vues du reportage diffusé (cité en référence), que les journalistes n’ont pas intégré ces données, bien au contraire.
Mon ressenti de téléspectateur à l’issue de ce reportage est que la pêche n’est plus possible à cause d’une pollution, et ce avec toutes les répercutions que cela peut avoir sur l’économie locale et sur l’économie régionale au travers du manque induit en tourisme pêche.
Pour autant, c’est bien la consommation des poissons issus de la pêche professionnelle (particulièrement ombles chevaliers et corégones), ainsi que cette pratique professionnelle qui sont interdites par arrêté préfectoral et non la pêche dans le cadre d’une pratique de loisir.
Il me semble donc que le contenu du reportage comporte un certain nombre d’erreurs et représente un danger réel et à effet immédiat sur l’économie et le développement de la pêche de loisir et notamment du tourisme pêche
Je souhaite donc que vous puissiez revenir sur ce sujet afin de ne pas mettre en péril inutilement une économie et les entreprises qui y sont associées (guide-moniteur, détaillants de pêche, concessionnaires nautisme, hébergement, restauration, …).
Je suis prêt à accueillir vos journalistes, sur le lac du Bourget par exemple, pour qu’ils puissent prendre connaissance de ce qu’est devenue la pêche de loisir aujourd’hui.
Je vous invite aussi consulter mon site internet www.adrenaline-fishing.com.
Je tiens à vous préciser très sincèrement que mon objectif n’est en aucun cas de me faire un coup de pub, mais bien de tout mettre en œuvre pour la pérennité et le développement de notre secteur d’activité en général.
Qu’en pensez-vous ?
Je compte vraiment sur vous.
Cordialement.
Arnaud Fileppi




